Clément Mabi est maître de conférence en Science de l’information et de la communication à l’UTC de Compiègne. Ses recherches portent sur la participation politique en ligne et les usages citoyens du numérique. Récemment, il a travaillé sur différents objets comme l’ouverture des données publiques (Open data), l’usage du numérique dans les dispositifs de concertation, le développement du « Gouvernement Ouvert » (Open Governement) et les civic tech.

Nous l’avons rencontré dans le cadre des panels menés avec l’interne.

Le projet précède-t-il la technologie ou l’inverse ?

« Ce que l’on dit souvent dans l’innovation, c’est qu’il faut faire attention à ne pas utiliser des outils avant d’avoir réfléchi. Cela parait simple, mais ce dont on se rend compte, c’est qu’il y a souvent un attrait pour les équipements, pour les technologies, qui précède la réflexion sur leurs usages. Or, une réflexion qui est bien appropriée, c’est une réflexion qui s’insère dans un projet. Ici, un projet politique, sur une manière de concevoir la relation à l’usager, sur une manière de concevoir la participation. »

Comment le numérique peut-il répondre aux attentes des citoyens ?

« Aujourd’hui, on voit dans la société une demande de plus en plus forte d’horizontalité, d’interactivité : ce que je veux dire par là c’est que les citoyens, par différents canaux, nous montrent qu’ils ont envie d’être pris en considération, d’échanger, d’exprimer leur avis… et le numérique vient équiper cette demande, vient outiller cette demande. C’est-à-dire que ces technologies, par leur configuration, renforce cette capacité des citoyens à s’exprimer individuellement et à parler d’eux. Et cette capacité à faire parler les citoyens rend compte de cette demande sociale. Il y a une logique de co-construction de la demande avec l’outil. »

Quelles nouvelles postures cet outil induit-il ?

« Avec le numérique, on voit émerger trois formes de postures pour les institutions :

  1. La posture de l’écoute active : qui correspond à la possibilité donnée aux citoyens de venir commenter l’action publique et de récolter les avis sur celle-ci
  2. La posture de la discussion permanente : qui introduit une logique d’interactivité, de dialogisme, où l’on essaye de discuter pour faire le service après-vente des politiques publiques
  3. La posture de la co-construction : une logique plus collaborative, où la légitimité de l’action publique se construit dans la discussion. »

 

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